La Caussenarde

31 mai 2009

Millau 2009, la 20ème Caussenarde, est-ce un grand millésime vtt?
La réponse évolue entre la ligne de départ et celle d'arrivée.
C'est d'abord le non qui l'emporte, mais à l'instant où on en termine, la réponse définitive est connue depuis déjà fort longtemps.
Oui, et définitivement oui.


Par où commencer tellement il y a de choses à dire?
La Caussenarde est née au siècle dernier, en 1989. J'étais pas encore monté sur un vtt à l'époque et j'y pensait même pas.

On y allé depuis à cinq ou six reprises. Fin de années 90 et dans les années 2000.
Les grands parcours de ce Raid arrivent à faire jusqu'à 130 km selon les années.
On a fait deux ou trois fois cette distance qui demande une bonne pratique certes, mais qui n'est pas non plus insurmontable ou extrêmement difficile.

En 2009, en plus du fait que c'est le 20ème anniversaire, il n'y a "que 105 km" à parcourir,
beaucoup de dénivelé annoncé (3000m) et la description des circuits paraît séduisante.
Faudrait pas qu'on manque cet épisode qui semble intéressant.
Allons y!.

Deux mots sur le samedi d'abord. Une formation de sept Maillons au départ de Toulouse
pour se rendre en plein cœur de l'Aveyron avec une météo bien chaude.
Sur place, on reproduit ce qu'on a testé et approuvé en 2005 et 2006 avec du grand classique.
Camping au bord du Tarn, restau le soir, nuit paisible et lever de bonne heure. R-A-S, sauf pour le camping qui n'a pas été à la hauteur cette fois. Changement de proprio depuis trois ans. Accueil froid et pas terrible. Pas grave, mais à zapper la prochaine fois.

Passons au dimanche now.
7h, les vtt sont prêts, nous aussi. On passe les deux ou trois bornes qui nous séparent du départ sous un ciel pas terrible.
Gros nuages noirs menaçants de tous les côtés. Grâce à tous les ingénieurs bacs plus dix de météo France qui nous ont annoncés le plein de soleil et de chaleur pour le week-end, on y allé en tenue été.
Les oreilles ont du leurs siffler pas moments car ils ont été copieusement arrosés de sympathiques qualificatifs.
Sur l'aire de départ, on peut déjeuner, voir quelques photos d'éditions passées où on est bien présents et aussi consulter la carte pour voir ce qui nous attend pendant une bonne partie de la journée.

Le top départ est décalé par rapport aux autres années. 8h au lieu de 7h.
Dommage, c'est mieux de partir très tôt. Chacun a le choix entre cinq circuits de 20 à 105 km.
7h40, on se place sur la grille parmi les premiers pour pouvoir partir devant.
Le ciel n'a pas changé de couleur mais il a changé de tempérament. Pendant vingt bonnes minutes, il se met à tomber un vrai déluge.
Un gros orage qui déverse un paquet de flotte dans toute la région.
Le décor est planté, on est une grosse vingtaine plutôt interrogatifs à l'abri sous le parasol du départ.
Ca rappelle des souvenirs à certains car l'an dernier, même moment et même endroit, le temps était identique et ne s'était pas amélioré de la journée.

Pas question de prendre le départ pour l'instant, donc on attend pour voir si ça veut bien passer.
Après vingt minutes de discussions et d'échanges divers sous la bâche, la pluie s'arrête enfin.
On peut démarrer dans les rues sur un sol totalement détrempé. Ca ruisselle un peu partout et les projections de flotte sont nombreuses.

Le roulage club est plus ou moins groupé, à part Nicolas un peu esseulé sur le parcours 60,
Martine et Aurélien encadrent Alain qui (je le cite), débute le vtt après un an de pratique.
Pour ma part, je roule avec JLuc et normalement avec Momoye qui cause tout le temps
et qui traîne toujours un peu au début en faisant l'élastique entre les groupes.

A Millau, y a pas trente six solutions pour le vtt. Ca va monter rapidement.
Passé la sortie de la ville et après le petit bourg de Creissels, on est déjà dans un petit sentier irrégulier entre les pâtés de maisons avant de ressortir pour un bout de route qui nous emmène au bas de la descente des Causses du Larzac.
On connait l'endroit pour l'avoir dévalé deux ou trois fois, mais là la musique va changer.
C'est dans le mauvais sens cette fois qu'on l'aborde et ça ne devrait pas être simple vu la difficulté et la longueur surtout.
Quinze minutes environ pour escalader cette première difficulté.
Je pensais que ça aller être plus dur et puis finalement ça se passe plutôt bien.
Quasiment partout sur le vélo à part quelques marches en haut. De plus l'orage n'a pas trop marqué le terrain qui écoule très bien l'eau.
Sur les plateaux, c'est plus pareil. La terre rouge des Causses est très collante et le rendement épouvantable.
Le crachin continue à humidifier les os en plus de pourrir la journée. C'est mal engagé et plus on avance, plus ça paraît bouché.
Le circuit est roulant dans des chemins bien larges qui ondulent sur les plateaux.
Chaque petit bout de descente te fait manger un peu de terre et on n'est pas vraiment à la fête avec le mauvais temps et le froid.
Cette sensation désagréable dure pendant une vingtaine de bornes jusqu'au premier ravito.
Il n'y a pas grand monde encore et on se ravitaille normalement.
Les ravitaillements sont toujours bien garnis de produits sucrés et salés.

On tarde pas à s'y remettre car la sensation de froid s'amplifie dès qu'on s'arrête.
On a toujours droit à des ondées intermittentes.
Question vtt, ça s'améliore nettement après le ravito un. Les monotraces arrivent et sont bien agréables malgré le terrain pas toujours idéal.
On passe dans de superbes sentiers de buis, des murs de pierre bordent certains passages. De longues enfilades entre les arbres.
Paysages rudes et verdoyants traversant de vieilles fermes centenaires.
Beaucoup de cailloux pour remuer les roues et secouer le casque dans ces sentiers superbes.
Il nous manque juste ce rayon de soleil qui illuminerait définitivement le plaisir de rouler dans de tels lieux.

Trente km depuis le départ environ et on arrive sur la bifurcation des parcours. 60 à gauche et 80, 105 en face.
Je pense que la plupart des gens sont partis sur les deux grands parcours et ont continués malgré le froid et la pluie qui revenait régulièrement en espérant que ça s'améliore enfin. Car le temps mis à part, la colle du Larzac oublié, le parcours était vraiment très bon surtout depuis le ravito numéro un.
Et de plus on aurait encore le choix de ne faire que le 80 plus loin si la météo refusait vraiment de se mettre du bon côté.

On y va en face donc, et c'est bien là qu'il fallait aller sous peine de rater un grand Millau. C'est reparti pour serpenter entre les sentiers.
Pendant de longs moments on se régale dans des traces sauvages entre les sapinettes et les genets, dans les bois de pins et sur les bordures des grands espaces verts.
D'un single on passe sur l'autre, ca semble sans interruption.
On se dirige à grands coups d'amusements vers la première grosse descente, les gorges de la Dourbie.
Une monotrace senssas et bien lisse la plupart du temps.
Le décor de cette plongée se fait tout en sous bois assombri par le ciel qui veut toujours pas faire un effort.
Il pleut d'ailleurs encore même si on le ressent pas trop puisqu'on est plutôt protégé par les arbres.
Ca descend bon train pendant deux gros km. Sensations garanties dans cet enchaînements de virages quasiment tous en épingles.
Sur le haut j'arrive à les passer presque tous. Vers le milieu, ça devient trop difficile vu le manque de place.
D'un tournant à l'autre, faut pas hésiter à se lâcher si on peut. Gare aux arbres mal stationnés par contre ou aux pierres qui prennent un peu trop leur aise parfois. Quelques pierriers à survoler vers le bas, suivis par deux ou trois dévers bien techniques. Que du bonheur à rallonge.

En bas, on se retrouve sur un moulin. Enfin à coté, car si vous êtes dessus c'est que vous avez du louper un virage.
Cette maudite pluie est toujours présente pour la reprise du moulinage.
Un bout de route plus loin, on a l'occasion de se réchauffer avec une bosse bien garnie pour remonter tout là haut vers le Causse Noir.
Un sentier régulier qui zigzague en lacets et travaille les jambes. Plein de petits cailloux qui dégagent sous la roue.
Pas simple à négocier, mais décor toujours superbe pendant l'ascension.
On est un petit groupe de cinq à rouler ensemble sur cette bosse de quatre ou cinq km et puis la bonne nouvelle, c'est qu'à mesure qu'on avance, le temps semble se remettre dans le droit chemin lui aussi.
Des éclaircies apparaissent plus en avant et par moments le soleil qu'on commence à sentir derrière les nuages,
nous fait de brèves apparitions. Ca donne du tonus au moral pour entamer la traversée du Causse vers le ravito deux situé à Saint André de Vésines.
On y parvient un peu avant midi avec un ciel nettement meilleur maintenant.
Gros ravitaillement très accueillant encore dans ce petit village situé à 800m d'altitude environ.
Alors qu'on se tartine de crème de roquefort et d'autres saveurs plus ou moins grasses, on voit rappliquer notre Momoye bien en canne.
Bon Patrick, tais toi et mange, on va repartir.

Un petit coup de gras sur la chaine et on s'y remet gaillard en direction du supplément de circuit du grand parcours qui va nous ramener à ce même village dans une vingtaine de km.
Pour pas se perdre, gardons un œil sur les gros panneaux jaunes qui matérialisent le balisage.
Bon balisage dans l'ensemble, sauf quelques points imprécis qui demandent de la vigilance.
Parfois aussi on ne fait pas trop attention et on se plante.
On roule en trio maintenant, et c'est encore mieux.
Mais surtout les premiers tours de roues voient apparaître enfin les rayons du soleil et la chaleur qui va avec.

La boucle en question, je l'avais déjà faite il y a quelques années mais dans l'autre sens.
Sans grande difficulté mais de toute beauté. Des pistes et chemins roulants sur la première moitié entrecoupés de petites sentes bien planqués dans les bois de pins.
On passe un ou deux petits hameaux caussenards avant de se retrouver sur des panoramas superbes.
C'est aussi sur cette partie qu'on franchit le point le plus haut du parcours où on approche les mille mètres d'altitude.
Depuis les surplombs où les corniches, les points de vue sont variés et on domine des gorges très profondes.
Ca vaut vraiment le détour.
La deuxième partie vous renvoie toujours sur des km de monotraces ou de pistes dans les sous bois.
Des montées plutôt courtes suivis de morceaux de descentes, le tout se succédant dans un vrai festival.
Au détour d'un sentier, vous tombez nez à nez avec une magnifique église toute en vieille pierre et paumée au milieu de nulle part. Hallucinant!
On ne s'est pas arrêté pour la confesse mais on prie volontiers le ciel pour que ce plaisir de rouler soit continu et que le temps reste en l'état.
Retour sur le village rapidement à la fin de cette boucle pour refaire le plein de bonnes choses.
C'est l'heure du repas et je suis plutôt affamé. Du salé et du sucré en grosse quantité pour pouvoir terminer sans fringale.

On repart vers Millau cette fois, il nous reste environ quarante km.
Le raid plaisir se poursuit dans le Cause Noir. Des chemins de crêtes, des passages rocailleux autour d'immenses blocs rocheux, le superbe passage des monolithes. On l'aperçoit d'assez loin et l'approche vtt est remarquable encore.
Quelques fois on passe près de vielles demeures plus ou moins abandonnées. Que du bon et du beau partout.
Enchaînements de petites traces vallonnées et de belles descentes dont une très vive.
En bas on relâche les freins en arrivant sur une route.
La transition est surprenante à chaque fois, à la fin d'une dégringolade rapide.
Tu es dans un sentier où ça tabasse bien. La chaine tape, les cailloux matraque le cadre, bref y a du bruit et du remue ménage.
Et puis soudain, tu te retrouves sur le goudron dans un calme étonnant. Tout devient paisible et tu te remets tranquillement à pédaler.
Un peu de route donc pour remonter doucement et souffler un peu. Bien vu!
Depuis le matin à tourner les jambes, un peu de récup c'est bon à prendre.
Sur les hauteurs, on retrouve du single où il faut appuyer fort dans certains passages. Profil montant et accidenté.
La fatigue se ressent mais on fait l'effort de passer quand même, car c'est toujours du super vtt. Quel parcours!!
Dans la forêt suivante, Patrick connaît de gros soucis avec son genou et plus possible pour lui de suivre dans le bon rythme.
On reste ensemble quand même encore un moment car seul ensuite ça devient dur surtout diminué physiquement, autant essayer de rester groupé. Il décide de continuer en solo un peu plus loin, car ça tourne vraiment mal et lorsqu'on n'est pas bien au physique, le moral lui baisse encore plus bien souvent et il arrive un moment où on préfère être seul.
On poursuit donc en duo avec JLuc jusqu'au ravito suivant qui tarde pas trop d'ailleurs.
Patrick arrive peu avant qu'on reparte et choisit d'abandonner et de rentrer à Millau par la route.

Après avoir avalé quelques bouchées de salé et sucré, on se remet à rouler sur la dernière partie qui ne présente normalement plus aucune grosse difficulté. Il y a peu de relief heureusement et on peut rouler sans devoir faire de trop gros efforts.
La fatigue est présente, mais la bonne gestion depuis le début permet de maintenir un rythme correct.
Le parcours n'est pas du tout lassant. Des chemins agréables et roulants agrémentés de quelques belles traces encore et toujours.
On parcourt une bonne douzaine de km encore sur les plateaux, avant d'entamer la dernière descente.
Plein gaz bien sur pour peu qu'il vous reste du jus et de la lucidité. Ca descend vite en survolant la caillasse, secouage garanti sur 350m de dénivelé négatif.
On aperçoit par moments dans la pente, le Viaduc qui semble flotter entre les Causses. Ça sent bon la fin.

En bas on retrouve un peu la civilisation près d'un petit groupe de maison.
Le compteur indique 97/98 km environ. Il y en a donc encore un peu pour finir.
On pense que ça va être direct et filer à la plaque vers Millau, mais non. Il en reste un chouïa de gratiné.
On met le cap à gauche dans un chemin montant en bordure de champ.
Dur dur de se remettre à monter mais bon, on a signé alors…
Au bout de la piste pas bien longue, c'est le bouquet. On tombe (façon de parler) sur un bout de descente en single superbement joueuse.
C'est court mais splendide et décidément, ça n'arrête jamais là-bas.
On déboule sur la piste plus bas et hop qu'on se recogne une petite bosse de plus.
C'est jamais long, mais c'est toujours dur et éprouvant en fin de parcours. Vivement que ça s'arrête.
On poursuit sur quelques chemins boisés et des pistes qui nous ramènent doucement sur Millau.
Un petit bout de goudron filant bon train et une dernière trace caillouteuse longue de quelques hectomètres et nous voilà à l'entrée de la ville, au pied du pont qui enjambe le Tarn.
Cette fois c'est la fin c'est sûr. Plus que deux km à travers les rues pour gagner l'arrivée et terminer cette super Caussenarde.

Les chiffres du gps indiquent 103 km, 6h54 de roulage (7h30 au total) et 2500m de D+. Sacré ballade!
Mais où sont passés les 3000m annoncés??
Une fois passé la ligne et récupéré votre diplôme, un passage à la tireuse de bière s'impose d'urgence.
Même deux passages d'ailleurs, avant de se retrouver tout le groupe pour refaire le plein avec le repas compris dans l'aventure.
Jean Marc (Pédalator) et Mary qu'on a pu saluer quelques heures avant sur les hauteurs se joignent à la table pour un brin de causette.
Et tout le monde refait le raid autour du plateau repas.

Et puis, un dernier passage au camping pour se remettre sur notre trente et un, avant de regagner Toulouse.

Petite parenthèse avant de conclure. Juste un ou deux petits points qui soulèvent quelques interrogations?
Où vont les quatre euros en plus lorsqu'on ne fait pas partie de la ffct? Personne n'avait la réponse visiblement sur place.
On est nombreux licenciés d'autres fédés et on se heurte partout quasiment aux sectarismes de ces mêmes fédérations qui sont quand même largement "sponsorisés" par l'état et les adhérents chaque année.
Au fait, il y en a de moins en moins de licenciés chaque année il me semble. Ça étonne personne?

Pourquoi le repas obligatoire lors de l'inscription? Même si je reconnais que c'est très appréciable à la fin.
Ce serait mieux d'avoir le choix et ça réduirait le tarif de moitié presque. (12 euros le repas, très correct d'ailleurs)

Alors qu'est ce qu'on peut en dire de plus cette 20ème Caussenarde?
Autant le dire tout de suite c'était bien.
Un parcours somptueux, parmi les meilleurs que j'ai pu faire si ce n'est le meilleur.
L'essentiel sur un raid, c'est bien la partie vtt et là pour le coup c'est réussi.
L'organisation est plus que rodée, beaucoup de monde impliqué, des villages entiers se mobilisent pour tenir les gros ravitos bien fournis. Accueil impeccable.
Côté paysages on est dans le plaisir des yeux dans tous les sens, et encore, on prend pas toujours le temps de lever la tête.

Ah si une dernière chose.
Merci de changer le responsable météo lors des prochaines éditions :-).
L'an dernier, déjà il avait pris l'eau et cette année il a faillit nous couler d'entrée.
Bravo et merci.
Tout le monde sait que c'est bien
et si certains encore l'ignoraient, maintenant ils savent.



► Srava -           Caussenarde



Causerie :

Taper la causette :-)